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Révision de la PIEA au Cégep Marie-Victorin

Révision de la PIEA au Cégep Marie-Victorin :
s’inspirer des autres cégeps ou suivre
les avis de la CEEC ?

Sébastien Despelteau
Enseignant en Sciences humaines
Coordonnateur, Département des sciences sociales
Cégep Marie-Victorin

18 septembre, 2013.

En 2013, le Cégep Marie-Victorin a amorcé la révision entière de sa PIEA (Politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages), soit cinq ans après en avoir fait lui-même l’évaluation, à la demande de la CEEC (Commission d’évaluation de l’enseignement collégial). Créée en décembre 1994, cette politique a par la suite été amendée à plusieurs reprises (en 1995, 1996, 2001, 2004 et 2005). En 2008, l’auto-évaluation de la PIEA avait identifié certaines lacunes ou imprécisions. Cet automne, les consultations vont donc essentiellement porter sur la modification des articles liés à l’évaluation du français, au plagiat, à la présence en classe, etc.

Des enseignants souhaiteraient également modifier un article portant sur la pondération de l’épreuve finale, jugée trop élevée, en l’occurrence dans les cours de première session. Or, en raison des recommandations faites par la CEEC en 2005, il semble impossible, à première vue, de discuter de la possibilité d’amender cet article, par exemple en diminuant la valeur minimale de l’épreuve finale.

Rappelons que depuis 2005, la PIEA du Cégep Marie-Victorin exige que chaque cours se termine par une évaluation finale se situant entre 40% et 50% de la note totale1. Avant 2005, la valeur de l’épreuve finale se situait entre 20% et 50%. Ce changement est survenu à la suite d’un rapport de la CEEC au sujet de la PIEA :

« La Commission estime que l’examen final d’un cours ne devrait pas compter pour moins de 40 % à 50 % de la note finale du cours justement afin de garantir que l’élève qui réussit le cours démontre sa maîtrise des compétences visées. De fait, un examen final qui compterait pour moins de 40 % devrait constituer l’exception à la règle et c’est cette exception qui devrait être approuvée par la Commission des études et non l’inverse. Dans un contexte où la presque totalité des programmes sont définis par compétences, le Collège se doit d’adapter sa PIEA à cette situation. » 2

La CEEC a donc officiellement recommandé au Cégep « de revoir les articles qui portent sur la mesure et la pondération des apprentissages3 »; elle a ainsi jugé que la PIEA était « partiellement satisfaisante4. » En juin 2005, le Cégep Marie-Victorin effectua les modifications exigées : toute épreuve finale allait désormais se situer entre 40% et 50%.

Pourtant… en va-t-il de même ailleurs, dans le réseau collégial ? Une pondération entre 40% et 50% est-elle prescrite dans tous les collèges ? Tous les cégeps ont-ils été soumis aux mêmes exigences que le Cégep Marie-Victorin ? Le tableau qui suit parle de lui-même…

Cégep Valeur de l’épreuve finale
(aussi appelée évaluation terminale ou certificative)
Date inscrite sur la PIEA consultée sur le web
Collège Ahuntsic 2 évaluations sommatives (incluant l’évaluation de fin de session) totalisant au maximum 50% Décembre 2010
Cégep de Baie-Comeau Entre 35% et 60% Mars 2013
Collège Dawson Maximum 25% pour un examen Septembre 2011
Collège Édouard-Montpetit Entre 25% et 40% Septembre 2004
Cégep Garneau Maximum 30% pour un examenMaximum 40% pour un travail Mai 2009
Collège de Maisonneuve 1re session : au moins 4 évaluations, max. 30% chacuneAutres sessions : au moins 3 évaluations, max. 35% chacune Juin 2013
Collège Montmorency Maximum 35% pour un examenMaximum 40% pour un travail Septembre 2004 ?
Cégep de l’Outaouais Minimum 30% Janvier 2006
Collège de Rosemont Entre 30% et 60% Février 2010
Cégep de Saint-Laurent Un pourcentage significatif de la note finale Janvier 2012
Collège de Sherbrooke Entre 30% et 40% Février 2010
Cégep du Vieux-Montréal Un pourcentage significatif de la note finale Avril 2003

Bien sûr, il ne s’agit pas d’un relevé exhaustif, toutes les PIEA des collèges du Québec n’ont pas été examinées… Mais cet « échantillonnage accidentel » effectué sur le web démontre assez rapidement qu’aucun des 12 cégeps n’exige une pondération aussi élevée qu’au Cégep Marie-Victorin. On pourrait objecter que certains collèges n’offrent peut-être pas leur plus récente version de la PIEA sur Internet, or dans cas 7 sur 12, elle remonte à 2010 ou après.

Pourquoi alors la CEEC n’exige-t-elle pas de tous les collèges une pondération semblable, sinon équivalente ? En vertu de ses pouvoirs de vérification et de recommandation5, elle a pourtant recommandé au Cégep Marie-Victorin de hausser la pondération de son épreuve finale. En 2005, la Commission des études du Cégep Marie-Victorin parlait elle-même d’une exigence de la part de la CEEC. En réalité, d’un cégep à l’autre, les avis de la CEEC6 semblent assez divergents, comme en témoignent ces trois exemples (également tirés au hasard).

Cégep Garneau
La PIEA prévoit que « chaque département fixe la pondération des activités d’évaluation. » Or, « en règle générale, aucun examen ne pourra compter pour plus de 30% de la note finale et aucun travail pour plus de 40%7. » La pondération de l’épreuve finale est donc nettement moins élevée qu’au Cégep Marie-Victorin. La CEEC s’y est-elle objectée ? Les trois rapports qu’elle a produits au sujet de la PIEA du Cégep Garneau juge sa politique « entièrement satisfaisante8 ». Jamais il n’est question d’une pondération trop peu élevée de l’épreuve finale.

Collège de Maisonneuve
En juin 2006, dans son troisième rapport d’évaluation, la CEEC soulignait la présence d’« une pédagogie de la première session » parmi les principales modifications apportées à la PIEA, soit « un nombre plus élevé d’évaluations » et « une pondération maximale plus basse attribuée à l’épreuve finale de cours » (30% ou moins). La Commission concluait son rapport en affirmant « que la PIEA du Collège demeure entièrement satisfaisante9. » Une année plus tôt, la CEEC avait pourtant demandé au Cégep Marie-Victorin de hausser sa pondération et de la situer entre 40% et 50% (sans égard à la session de l’étudiant).

Collège de Rosemont
La PIEA actuellement disponible sur le site du Collège situe la valeur de l’épreuve finale entre 30% et 60%. Le quatrième rapport d’évaluation de la CEEC produit en janvier 2011 ne suggère alors aucune modification10. Mais en 2002, alors que la pondération variait entre 30% et 50%, la CEEC jugeait qu’« une pondération de seulement 30% ne paraît pas suffisante pour bien attester l’atteinte de « l’ensemble des objectifs du cours » que cette évaluation est censée mesurer. » À la différence de la recommandation faite à l’endroit du Cégep Marie-Victorin, dont la pondération variait entre 20% et 50%, « la Commission suggère11 au Collège [de Rosemont] de revoir les règles concernant l’évaluation finale afin de mieux assurer une évaluation adéquate de l’atteinte des objectifs, que ce soit en augmentant le poids de cette évaluation ou par d’autres dispositifs12. » Au final, la PIEA était tout de même jugée satisfaisante, le commentaire de la CEEC au sujet de l’épreuve finale n’étant qu’une « suggestion »… d’ailleurs restée lettre morte comme en témoigne la dernière version de la PIEA du Collège de Rosemont.

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Le Cégep Marie-Victorin est-il donc le seul cégep où la CEEC a jugé qu’« un examen final qui compterait pour moins de 40% devrait constituer l’exception à la règle13 » ? Une épreuve finale se situant entre 20% et 50% n’était peut-être pas suffisamment élevée… mais, à la lumière des pratiques dans les autres collèges et des avis bien différents de la CEEC à leur égard, n’y a-t-il pas lieu de croire que la Commission a outrepassé son pouvoir de recommandation en exigeant que cette pondération se situe précisément entre 40% et 50% ?

Faut-il rappeler qu’en juin 2004, la CEEC s’était même permis de questionner, voire de critiquer le rôle du Comité des affaires pédagogiques (CAP) quant à sa collaboration avec la Commission des études. Selon la CEEC, puisque « le CAP intervient dans le processus après le dépôt et un premier débat à la Commission des études mais avant toute prise de décision », son implication « risque de réduire le rôle de la Commission des études et de marginaliser certains de ses membres14. »

En 2013, le Cégep Marie-Victorin se doit de retrouver sa pleine et entière liberté d’action et de discussion… notamment à l’égard de la pondération de l’épreuve finale…

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1 L’article 4.2.5 se lit comme suit : « Tout cours se termine par une activité d’évaluation sommative individuelle, à un ou plusieurs volets, totalisant au moins 40 % de la note finale. Ce pourcentage peut être réparti sur plus d’une évaluation à la dernière étape, si celles-ci permettent d’attester l’atteinte progressive de la cible d’apprentissage du cours. Toutefois, si l’évaluation finale est réalisée dans le cadre d’une seule activité qui compte à elle seule pour 50 % des points et plus, la décision devra être soumise à l’assemblée départementale ou à l’instance qui en tient lieu et approuvée par la Commission des études. » Cégep Marie-Victorin, Politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages, amendée le 21 juin 2005, p. 11.

2 Commission de l’évaluation de l’enseignement collégial, Troisième rapport d’évaluation de la politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages du Cégep Marie-Victorin, 16 février 2005, p. 1.

3 Ibid., p. 2.

4 Ibid., p. 3.

5 Commission d’évaluation de l’enseignement collégial, La Commission d’évaluation de l’enseignement collégial : sa mission et ses orientations, Québec, juin 2009, p. 12-13.

6 Cégep Marie-Victorin, Recommandation de la Commission des études du 1er juin 2005 concernant des modifications à la PIEA, 1er juin 2005, p. 4.

7 Cégep Garneau, Politique institutionnelle d’évaluation de l’apprentissage, amendée le 19 mai 2009, p. 14.

8 Commission de l’évaluation de l’enseignement collégial, Troisième rapport d’évaluation de la politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages du Collège François-Xavier-Garneau, 8 juin 2005, p. 1. Deuxième rapport d’évaluation de la politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages du Collège François-Xavier-Garneau, 15 avril 2002, p. 3. Rapport d’évaluation de la politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages du Collège François-Xavier-Garneau, 7 septembre 1994, p, 3.

9 Commission de l’évaluation de l’enseignement collégial, Troisième rapport d’évaluation de la politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages du Collège de Maisonneuve, février / juin 2006, p. 1-2.

10 Commission de l’évaluation de l’enseignement collégial, Quatrième rapport d’évaluation de la politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages du Collège de Rosemont, janvier 2011, p. 4.

11 Le rapport de la CEEC semble insister sur le mot « suggère », caractères gras et en italique à l’appui. Ibid., p. 2.

12 Ibid., p. 2.

13 Commission de l’évaluation de l’enseignement collégial, Troisième rapport d’évaluation de la politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages du Cégep Marie-Victorin, 16 février 2005, p. 1.

14 Commission de l’évaluation de l’enseignement collégial, Rapport d’évaluation institutionnelle du Cégep Marie-Victorin, juin 2004, p. 6-7.